La France va mal, à qui la faute ? Gluten, coupable ou victime de nos problèmes de santé ?

C’est bien connu, à tout problème, son coupable. Et lorsque les chiffres des maladies chroniques intestinales grimpent en flèche, il ne faut pas tarder avant qu’un suspect facile à pointer du doigt ne soit désigné. Pas de chance pour lui, le gluten est ce suspect. Accusé à tort ? Bénéfice du doute ? Ou totalement innocent ? Analysons le cas du gluten dans son implication sur la baisse de la qualité de la santé des Français ? 

Le gluten, mais c’est quoi au juste ? 

Commençons par le commencement. Bien souvent le gluten est pointé du doigt alors que la majorité des personnes ne sait pas réellement ce que c’est. Et il est encore plus aberrant de voir que des personnes achètent des jus de fruits avec un beau logo “sans gluten” alors qu’aucun fruit du monde ne contient du gluten. J’ai comme l’impression que l’on accuse un suspect dont ne connait rien. 

Le gluten qu’est-ce que c’est ? Eh bien le gluten c’est une protéine contenue dans certaines céréales comme le blé, le seigle, l’avoine ou encore l’orge. Le problème de cette protéine, c’est qu’elle a une fâcheuse tendance, chez les personnes sensibles, de titiller notre système immunitaire et de déclencher des symptômes peu agréables comme des crampes intestinales, des problèmes de transit, de la fatigue, etc. 

Aujourd’hui seule une catégorie de personnes, les personnes atteint de la maladie coeliaque, véritable allergie au gluten, sont à risque lors d’une ingestion de gluten. Ensuite il existe plusieurs niveaux de sensibilité dépendants de chacun. Mais seule une personne atteinte de Maladie Coeliaque peut se déclarer formellement intolérante/allergique au gluten. Et les chiffres sont assez faibles comparativement au nombre de personnes consommant des produits spécifiques sans gluten. Pour les autres on parlera d’une hypersensibilité, ou ne soyons pas timide, d’un effet placebo ou encore d’un effet de mode. 

D’où vient cet acharnement sur le gluten ? 

Les arguments anti gluten sont forts et peuvent réellement faire douter beaucoup de personnes. 

  • Le premier, le plus répandu, serait que la qualité du blé d’il y a 50 ans n’est pas la même qu’aujourd’hui, que les céréales d’aujourd’hui sont modifiées, plus allergisantes et donc plus nocives pour la santé, que le blé contient plus de gluten qu’avant. Et comme notre consommation de ces céréales augmente, il ne faut pas s’étonner de voir notre santé décliner. Sauf que oui et non, ce n’est pas aussi simple. Oui le blé actuel est différent de celui que nos grands parents cultivaient. Pourquoi ? Pour être plus résistant face aux parasites, mieux lutter contre le froid ou les fortes chaleurs, pour mieux s’adapter à un sol pauvre. Ce procédé de sélection naturelle n’est pas neuf, cela est réalisé depuis des millénaires et ce avec toute sorte de produits comme les légumes ou les fruits. On crée des espèces hybrides pour mieux répondre à nos besoins. Tout cela est on ne peut plus naturel, on reproduit, on sélectionne. Donc accuser la qualité des céréales en elle-même ne tient pas debout. Maintenant pour ce qui est de la teneur en gluten entre un blé de 1950 et un blé moderne, les chiffres sont même en faveur du blé moderne qui est plus pauvre en protéines et donc en gluten que les blés plus anciens. 

  • Le deuxième argument connu serait que nos organismes ne seraient pas encore adaptés à cette surconsommation de gluten. Que celui-ci est trop récent dans notre régime alimentaire pour que notre corps soit efficace à sa digestion. Ici il faut savoir que le blé a été cultivé pour la première fois il y a 10 000 ans et que le pain ou produit dérivé de la farine a toujours été la base de l’alimentation de l’homme depuis. Pourtant on nous sort néanmoins l’argument que nos organismes ne sont pas habitués. Et bizarrement je ne vois personne attaquer la tomate, la pomme de terre ou encore le chocolat, des produits consommés depuis moins de 300 ans en Europe dans d’aussi grandes proportions. Le corps humain est une machine de survie et d’adaptation il ne faut pas l’oublier, 10 000 ans, c’est bien plus qu’il n’en faut pour parfaitement s’adapter. 

Le gluten est-il innocent alors ? 

Le gluten est en réalité une victime de notre condition de santé. Pollution, moins d’activité physique, microbiote en mauvaise santé, hygiène de vie pas toujours irréprochable, qualité de l’alimentation pas optimale. Il est évident qu’avec cette liste accablante, nous soyons plus sensibles et que notre capacité de gérer des choses normalement inoffensive soit altérée. Plus grande sensibilité, accompagnée d’une plus grande consommation de gluten, le duo est gagnant. Mais comme nous le verrons, le gluten n’est pas la seule victime de cette chasse au coupable, le lait de vache par exemple pourrait aussi figurer sur le banc des victimes présumées coupables. 

Le lavage de cerveau autour du gluten et l’effet de mode arrivant avec, a amplifié les craintes autour de celui-ci et beaucoup ont commencé à l’accuser à la moindre douleur ou petit coup de mou. Au point même que le sans gluten soit considéré comme un réel argument de vente. 

Alors oui l’offre des produits sans gluten à explosé, et je pense que cela doit être un vrai soulagement pour les personnes réellement intolérantes. Mais au vu de leur faible nombre, croyez moi, ce n’est pas eux que les industriels visent. Ils surfent sur la “mode” du sans gluten et du “manger sain” pour attirer les consommateurs plus classiques. 

Pour conclure 

Chasser un seul et unique coupable n’a pas de sens. Au delà de la maladie lié au gluten, se passer de produits contenant du gluten est tout à fait possible. Mais cela voudrait dire limiter son choix alimentaire et peut être encore plus déséquilibrer notre alimentation. Nous devons rester méfiants face aux arguments féroces que certains peuvent avoir envers un élément, car le monde ne fonctionne pas de manière binaire en blanc ou noir, il y a toujours des nuances à apporter. Avant de porter la faute sur le gluten, mieux vaut analyser l’ensemble de son mode de vie et son régime alimentaire. 


christopher gabez