La France va mal, à qui la faute ? Le gouvernement

Quand ça ne va pas, c'est la faute du gouvernement ! La France est championne du monde de Football, mais aussi championne du monde pour renvoyer la faute vers les instances dirigeantes au moindre problème. À juste titre ou est-ce que le gouvernement fait déjà tout ce qu'il peut ?

La question de la santé de la population française n'est pas une question récente pour le gouvernement. C'est d'ailleurs un point qu'il prend très au sérieux. C'est pourquoi nous avons tout un ministère qui y est dédié.

Il faut bien comprendre que le gouvernement agit sur différentes échelles: de manière locale comme de manière globale. La tâche est vaste vous le comprenez donc bien.

Quelles sont les armes du gouvernement ?

Difficile d'aller en guerre avec des pistolets à eau n'est ce pas ? Eh bien c'est un peu ce que doit faire le ministère de la santé qui, en 2019, s'est vu attribué un budget de 1,42 milliard d'euros: une broutille face au budget de la défense, de la sécurité, de la justice ou même de l'enseignement. A noter également que c'est un des ministères avec la plus faible augmentation de budget par rapport à 2018.

De grandes missions pour de faibles moyens. Visiblement la santé des français n'est pas une si grande priorité d'un point de vue financier pour le gouvernement.

Pourtant la bonne volonté est présente, et même bien présente. Le ministère de la santé n'hésite pas à s'associer à d'autres ministères et notamment celui de l'agriculture ou encore celui de la culture, pour pouvoir faire progresser ses projets.

Un plan censé tous nous sauver

C'est comme cela qu'est né il y a près de 20 ans un programme dont on a tous connu une de ses actions: le fameux PNNS ( Plan national nutrition santé )! 5 fruits et légumes par jour, les produits laitiers sont nos amis pour la vie, ne mangez pas trop sucré/trop salé, faites 30 minutes d'activité physique par jour, etc. Oui vous et moi depuis 20 ans on entend à longueur de temps ces slogans. Ce programme est né de la volonté du ministère de la santé de guider les consommateurs dans leurs choix alimentaires. Afin, en toute théorie, d'éduquer les personnes, d'inculquer les règles de base de la nutrition et d'une alimentation équilibrée pour à terme, réduire les chiffres des maladies chroniques.

Sans remettre en cause le travail et l’intention des créateurs de ces campagnes, faisons un petit bilan.

Le principe de ces recommandations est simple, diviser les aliments en deux catégories : les bons aliments que nous devrions manger, et de l'autre côté les mauvais aliments à absolument éviter. La base de cette division a peu à voir avec les nutriments bénéfiques que les aliments peuvent ou non contenir, mais repose plutôt sur la présence ou l'absence de composants pouvant avoir un impact sur les maladies chroniques. Même si les recommandations se mettent à jour au fur et à mesure de la compréhension du corps humain et des maladies chroniques, le message global n'a jamais changé. C'est ainsi qu'est apparue la bien connue pyramide alimentaire.

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Intimidante et pas facile à interpréter pour notre alimentation quotidienne je vous l'avoue. D’autant plus que quand on nous dit quoi faire, on aimerait au minimum comprendre un peu pourquoi. C'est un reproche que l'on pourrait faire à toutes les campagnes d'ailleurs, pas assez dans l'information et dans l'éducation, mais très orientée sur la direction: "Faites ceci parce que l'on vous dit que c'est bon". Quel est l'intérêt d'un régime varié et de saison ? Quel est le rôle des féculents, de la viande ou des matières grasses ? Quel impact peut avoir mon alimentation sur ma maladie ou est-ce que mon alimentation actuelle peut entraîner un trouble dans le futur ? Tant de questions intéressantes que se pose la population dont on ne prend pas le temps de répondre. Dommage…

Alors ? Est-ce que tout ça a fonctionné ?

Depuis que ces campagnes existent, les chiffres de l'hypertension, de l'hypercholestérolémie, et de la mortalité par accidents cardiovasculaires sont à la baisse. Certains attribuent ces chiffres à une amélioration de la consommation grâce aux différentes recommandations. Alors victoire ?

Pas si vite car d'autres par contre regretteront le fait que les chiffres de l'obésité et du diabète ont presque doublé et remettent en cause un non suivi des recommandations. Aussi, autre point très important, si l'espérance de vie a augmenté considérablement ces dernières années grâce aux nombreux progrès de la médecine conventionnelle notamment, on ne vit pas pour autant plus longtemps en bonne santé. On vit plus vieux oui, mais pas forcément mieux. La situation n'est donc pas meilleure.

Mais alors si les recommandations échouent à améliorer la santé de la population, on peut se poser la question de ce qui se passerait si elles n'étaient pas là.

Est-ce que si personne ne nous disait quoi manger le chiffre de maladies cardiovasculaires aurait augmenté ? Improbable puisque les chiffres étaient déjà à la baisse avant toutes les campagnes de prévention.

Est-ce que les chiffres de l'obésité et du diabète auraient été encore plus haut ? Puisque les prédictions ne prennent pas en compte le fait que la population suive ou non les recommandations et que celles-ci prévoient que le chiffre des ces troubles doit encore fortement augmenter, l'impact des recommandations semble minime.
Mais que se cache t-il vraiment alors sous ces recommandations ?

En réalité, ces recommandations cachent un tableau bien plus grand que ce que l'on pense aux premiers abords. Elles représentent un document politique puissant, réglementent une vaste gamme de programmes et services gouvernementaux, influent sur la recherche en rapport avec la santé et indiquent comment les industriels doivent répondre à la demande des consommateurs. Tous les aspects de notre environnement alimentaire sont, de près ou de loin, impactés par les programmes gouvernementaux.

Depuis le début, ce programme de prévention a créé des gagnants et des perdants. Les gagnants étant les grands industriels qui pouvaient aisément reformuler leurs produits pour répondre aux attentes du programme et en faisant même des arguments de vente (produits dont la teneur en sel est réduite, sans matières grasses, etc). A l'inverse, les plus petits producteurs ne pouvaient pas changer leurs produits aussi rapidement et ont subi la loi du marché. Nombreux sont les additifs en tous genres, substituts, édulcorants, agents de texture et autres agents technologiques utilisés par les industriels pour faire entrer leurs produits dans certaines cases appelées par le programme "saines pour la santé". Cela leur a même permis d'afficher sur leurs produits certaines allégations nutritionnelles et santé influençant le choix alimentaire des consommateurs. Choix alimentaire s'écartant donc des produits bruts, bio, que ne portent pas tous ces logos et allégations attirantes (même si le chiffre d'affaire du bio augmente chaque année) au profit de produits annoncés plus sains mais remplis d'ingrédients douteux sur le long terme.

Puisque le programme influence les programmes de recherche, les études scientifiques sont réalisées avec des œillères, et les résultats reflètent la politique à l'image de laquelle elle est créée. Sans ce programme de prévention, la science de la nutrition financée par le gouvernement fonctionnerait sans les contraintes idéologiques créées par les conseils alimentaires soutenus par le gouvernement.

Sans une approche "tout en un" du gouvernement, les services de prévention auraient les moyens de mettre en place des services répondant aux besoins de chaque population ayant ainsi un impact plus direct sur la consommation et le mode de vie de la population. Cette campagne de prévention est aussi une chasse au coupable de la mauvaise santé de la population. Mettre le doigt sur le sel ou les acides gras saturés c'est faire oublier que le problème vient de plus haut et notamment des situations économiques, environnementales et sociales de la population. Améliorer ces points serait bien plus bénéfique sur la population que de chercher un coupable absolument ailleurs.

Alors finalement que devons-nous en tirer ?

Comme pour beaucoup de choses dans la vie, il est important d'avoir un regard critique et de prendre du recul sur ce qui nous entoure. Sans ces campagnes de prévention, cela m'étonnerait que les gens se mettent à manger des chaises. Même si cela part de bonnes intentions, surtout sur l'éducation alimentaire, aujourd'hui il s'en trouve que c'est extrêmement inefficace. Les réels problèmes sont camouflés, les solutions bien que connues et présentes ne sont pas soutenues. Il est temps de reconnaître que ces campagnes sont un échec dans beaucoup de domaines, que les choses doivent être repensées très profondément et pour une fois penser réellement au bien être de la population plutôt que de défendre des quelconques intérêts qui n'ont a rien à voir avec la santé publique. Certes les moyens sont faibles, mais la bonne volonté et la compétence sont présentes. Il faut apprendre des échecs de ces 20 dernières années pour pouvoir individualiser et mieux répondre aux problématiques des français plutôt que de les enfermer dans des dogmes nutritionnels flous binaires.

Pour conclure

Il est clair que la mission du gouvernement est difficile. A la fois traiter avec les collectivités, les industriels et autres acteurs pour garantir sécurité et santé dans notre assiette. L'intention est bonne et les actions vont dans le bon sens depuis quelques temps. Les messages doivent gagner en clarté et abandonner l'approche binaire du bien ou mal. Les messages doivent aussi s'adapter aux différentes populations qui ont des besoins différents. Si le rôle du gouvernement est de donner l'exemple, celui ci doit avant tout soutenir les acteurs de terrain qui eux, ont un impact direct auprès de la population. La santé doit rester une priorité auprès des français au même titre que la sécurité ou l'éducation et cela doit se ressentir dans son budget alloué. Le problème me direz-vous c'est qui va financer tout ça autre que les bons citoyens français ? Les industriels, les lobbys agro alimentaires et pharmaceutiques. C'est le serpent qui se mord la queue. Un coupable ne donnera jamais vraiment les moyens de se faire condamner. Mais nous reparlerons de ces suspects dans une autre partie. De plus, même si la France est un pays assez stable d'un point de vue politique, il faut avouer que les ministres et les secrétaires d'Etats s'enchaînent à une vitesse folle. Leur laissant peu de temps pour laisser leurs projets aboutir. Pour la peine, on se retrouve avec des tonnes d'idées et de projets morts dans l'oeuf ou inaboutis. Les rendants inefficaces. Pour résumer, le gouvernement fait avec les moyens du bord, tentant d'affiner et d'adapter leurs messages et leurs actions au fil du temps et au fil de leurs moyens. Nous ne pouvons pas leur reprocher d'essayer. Certes tout n'est pas parfait, mais qui l’est ?

christopher gabez