Et si les recommandations sur notre alimentation n'existaient pas ? Bilan de 20 ans de prévention

De nombreuses campagnes ont été réalisé maintenant depuis plus de 10 ans à l'initiative du gouvernement pour faire baisser le chiffre de certaines maladies chroniques telles que l'obésité, le diabète, l’hypercholestérolémie, l'hypertension artérielle, etc. 

Ces recommandations sont bien connues du grand public : 

  • Manger 5 fruits et légumes par jour
  • Les produits laitiers sont nos amis pour la vie
  • Pour rester en bonne santé, évitez de manger trop gras, trop sucré ou trop salé

Sans remettre en cause le travail et l’intention des créateurs de ces campagnes, faisons un petit bilan. 

Le principe de ces recommandations est simple, diviser les aliments en deux catégories : Les bons aliments que les gens devraient manger, et de l'autre coté les mauvais aliments à absolument éviter.  La base de cette division a peu à voir avec les nutriments bénéfiques que les aliments peuvent ou non contenir, mais reposent plutôt sur la présence ou l'absence de composants pouvant avoir un impact sur les maladies chroniques. Même si les recommandations se mettent a jour au fur et a mesure de la compréhension du corps humain et des maladies chroniques, le message global n'a jamais changé. 

Alors ? Est ce que tout ça a marché ? 

Depuis que ces campagnes existent, les chiffres de l'hypertension, de l'hypercholestérolémie, et de la mortalité par accident cardio vasculaires sont a la baisse. Certains attribuent ces chiffres a une améliorations de la consommation grâce aux différentes recommandations. D'autres par contre regretteront le fait que les chiffres de l'obésité et du diabète ont presque doublé et remettent en cause un non suivi des recommandations. Aussi autre point très important, si l'espérance de vie a augmenté considérablement ces dernières années grâce aux nombreux progrès de la médecine conventionnelle notamment, on ne vit pas pour autant plus longtemps en bonne santé. On vit plus vieux oui, mais pas forcément mieux.  La situation n'est donc pas meilleure. 

Mais alors si les recommandations échouent à améliorer la santé de la population, on peut se poser la question de ce qu'il se passerai si elles n'étaient pas la.  

Est ce que si personne ne nous disait quoi manger le chiffre de maladies cardio vasculaires aurai augmenté ? Improbable puisque les chiffres étaient déjà a la baisse avant toutes les campagnes de préventions. 

Est ce que les chiffres de l'obésité et du diabète auraient été encore plus haut ? Puisque les prédictions ne prennent pas en compte le fait que la population suive ou non les recommandations et que celles ci prévoient que le chiffre des ces troubles doit encore fortement augmenter, l'impact des recommandations semble minime. 

Mais que se cache t il vraiment alors sous ces recommandations ? 

En réalité, ces recommandations cachent un tableau bien plus grand que ce que l'on pense aux premiers abords. Elles sont un document politique puissant et réglementent une vaste gamme de programmes et services gouvernementaux, influent sur la recherche en rapport avec la santé et indiquent comment les fabricants d'aliments doivent répondre à la demande des consommateurs. Pratiquement aucun aspect de notre environnement alimentaire n'est pas affecté par ces campagnes de préventions.

  • Depuis le début, ce programme de prévention a créé des gagnants et des perdants. Les gagnants étant les grands industriels qui pouvaient aisément reformuler leurs produits pour répondre aux attentes du programme et en faisant même des arguments de vente ( produits réduits en sel, sans matières grasses, etc ). A l'inverse les plus petits producteurs ne pouvaient pas changer leurs produits aussi rapidement et ont subi la loi du marché.
  • Nombreux sont les substituts, édulcorants, agents de texture et autres agents technologiques utilisés par les industriels pour faire rentrer leurs produits dans certaines cases appelées par le programme "saines pour la santé". Cela leur a même permis d'afficher sur leurs produits certaines allégations nutritionnelles et santé influençant le choix alimentaire des consommateurs.  Choix alimentaire s'écartant donc des produits bruts, bio, qui ne portent pas tous ces logos et allégations attirantes ( même si le chiffre d'affaire du bio augmente chaque année ) au profit de produits annoncés plus sains mais remplis d'ingrédients douteux sur le long terme. 
  • Parce que le programme influence les programmes de recherche, les études scientifiques sont réalisées avec des œillères, et les résultats reflètent la politique à l'image de laquelle elle est créée. Sans ce programme de prévention, la science de la nutrition financée par le gouvernement fonctionnerait sans les contraintes idéologiques créées par les conseils alimentaires soutenus par le gouvernement. 
  • Sans une approche "tout en un" du gouvernement, les services de préventions auraient les moyens de mettre en place des services répondant aux besoins de chaque population aillant ainsi un impact plus direct sur la consommation et le mode de vie de la population. 
  • Cette campagne de prévention est aussi une chasse au coupable de la mauvaise santé de la population. Mettre le doigt sur le sel ou les acides gras saturés c'est faire oublier que le problème vient de plus haut et notamment des situations économiques, environnementales et sociales de la population. Améliorer ces points seraient bien plus bénéfiques sur la population que de chercher un coupable absolument ailleurs. 

Alors finalement que devons nous en tirer ? 

Comme pour beaucoup de choses dans la vie il est important d'avoir un regard critique et de prendre du recul sur ce qui nous entoure. Sans ces campagnes de préventions, cela m'étonnerai que les gens se mettent a manger des chaises. Même si cela part de bonnes intentions surtout sur l'éducation alimentaire, aujourd'hui il s'en retrouve que c'est extrêmement inefficace. Les réels problèmes sont camouflés, les solutions bien que connues et présentes ne sont pas soutenues. Il est temps de reconnaître que ces campagnes sont un échec dans beaucoup de domaines, que les choses doivent être repensées très profondément et pour une fois penser réellement au bien être de la population plutôt que de défendre des quelconques intérêts qui n'ont a rien a voire avec la santé publique. 

christopher gabez